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AÏKIDO À TOULOUSE AVEC FRANCK NOËL




Hommage à Kisshomaru UESHIBA




En tant qu' aïkidokas, pratiquants, enseignants, nous sommes habitués à rendre hommage à O Sensei, à nous en sentir redevables dans notre pratique et dans notre enseignement. En revanche, nous nous interrogeons moins souvent pour savoir de quoi nous sommes redevables envers Kisshomaru Ueshiba Sensei, son fils, qui lui a succédé et qui vient de disparaître.
Pourtant il est clair que bien peu des pratiquants d'Aïkido de ces quarante dernières années l'auraient été sans l'oeuvre de Kisshomaru Ueshiba Sensei.
Quel a été son rôle dans le développement de la discipline? Quelle part lui revient dans la réalité que nous lui connaissons aujourd'hui ?
Et il ne suffit pas de dire que tous les experts professant actuellement sur les cinq continents ont été ses élèves : il faut aussi s'interroger sur ce que cela signifie en terme de forme et de contenu de l'enseignement qu'ils diffusent.

Essayons pour cela d'imaginer, nous qui ne le connaissons que par les ondes nées à son contact qui continuent de se propager, un personnage hors du commun : O Sensei.
Son enseignement, en mouvement constant, souvent informel, se fait autant par imprégnation ou par contagion que par transmission: son contact, sa présence, son intensité sont aussi éducatifs, aussi porteurs de message que le message lui-même ou à plus forte raison que telle ou telle technique.
Mais comment faire perdurer cela? L'Aïkido ne pourrait-il exister que par le biais de personnalités exceptionnelles? Doit-il attendre, pour faire valoir son message et tous les bienfaits dont il est porteur, qu'il retrouve à s'incarner dans une personnalité de la dimension de O Sensei? Ou au contraire ne peut-on pas, en formalisant quelque peu son enseignement et sa technique, en les objectivant, en les structurant sans les enfermer dans un carcan, ne peut-on pas véhiculer ce message sans trahison majeure et, facilitant ainsi sa diffusion, augmenter les chances de voir, à terme, une nouvelle personnalité exceptionnelle prendre ces outils en main pour les utiliser avec le même rayonnement, la même vigueur que le Fondateur?

Tel fut le rôle et l'importance historique de Kisshomaru Ueshiba Sensei. Immense pour la discipline dont il a en quelque sorte rédigé une grammaire, compréhensible et utilisable par le plus grand nombre. Dans cette grammaire que nous lui devons, nous trouvons par exemple l'ordonnancement des techniques sous leur double visage omote/ura, la classification des formes d'attaque et de pratique tels que nous les connaissons et les pratiquons de par le monde.
Certes, une grammaire n'est pas une oeuvre littéraire, mais c'est elle qui en permet la rédaction et la compréhension et qui donne les moyens de les apprécier. Et libre à chacun, ensuite, d'en utiliser les règles avec toute la créativité dont il se sent disposer.
Le grammairien, lui, ne se met pas en avant; il ne vise pas à son expression personnelle : il s'efforce de mettre en évidence la structure d'un message dont il est dépositaire et, ainsi, d'en faciliter la transmission en évitant, autant que faire se peut, les risques d'interprétation erronée inhérents à une lecture qui resterait globale.
Ce rôle suppose, bien sûr, des qualités d'écoute et d'observation, d'analyse et de synthèse, de neutralité, de rigueur, de modestie et même d'abnégation. Et comment mieux définir la personne de Kisshomaru Ueshiba qu'au travers de ces traits?

Car, à son rôle structurant de l'enseignement il faut, bien évidemment, ajouter celui de Doshu, de guide suprême, qu'il a tenu pendant trente ans justement en sachant faire jouer ces mêmes qualités afin, d'une part, de faire connaître et accepter l'Aïkido comme une institution dans la société japonaise et, d'autre part, de préserver, malgré toutes les forces centrifuges, une certaine unité de la discipline, tant du point de vue du contenu que de son organisation. Et là aussi, il lui a fallu inventer, inventer le rôle, nécessairement très différent de celui que remplissait son Père-Fondateur puisqu'il n'était pas, lui, fondateur : il ne s'agissait plus de se présenter en tant que source unique, originelle et donc incontestable du message mais en tant que représentant de toutes ses expressions, en tant que liant entre tous ses messagers, en tant que gardien de ses valeurs essentielles et de sa grammaire qui permet à tous ses usagers de communiquer, même s'ils ne se comprennent pas toujours.
Cette tâche n'a pu être menée à bien que par un travail en creux et non en plein, n'essayant pas de surajouter des choses, comme pour laisser sa trace, mais au contraire, d'aller à l'essentiel, en faisant le tri de ce qui est véritablement fonctionnel et généralisable, avec comme souci de privilégier les principes moteurs, tant de la discipline elle-même que de sa technique, plutôt que les excroissances ou caractères particuliers que les personnes ont toujours tendance à cultiver.
Le résultat de cette démarche, ou plutôt cette démarche même mise en oeuvre, apparaissait avec évidence dans la rigueur, la précision et la sobriété de sa technique et de son enseignement, dans sa disponibilité, son ouverture, sa gentillesse à l'égard des pratiquants.
Cette manière de ne pas faire valoir l'épaisseur de sa personne, de renoncer à l'originalité, au brillant, au clinquant, pour ne donner à voir que des schémas, des structures, des épures de techniques quasi dé-personnalisées, Kisshomaru Ueshiba Sensei la portait dans sa pratique, dans son enseignement et jusque dans son corps même. Et il est frappant de constater à quel point ce renoncement, cet effacement, loin de se traduire par une absence, développaient une présence d'une force étonnante : force d'aspiration, de gravité, qui maintenait le système en équilibre autour de son centre, force de persuasion et d'encouragement à participer à l'entreprise.

S'offrir comme le lieu où tous les fils reliant les aïkidokas entre eux peuvent se rejoindre et se nouer, en se gardant de profiter de la situation pour tirer les ficelles comme on le ferait pour des marionnettes; se poser en miroir neutre où chacun peut se reconnaître tout en se sentant encadré. Chacun d'entre nous, à la mesure de ses compétences et de ses responsabilités, se doit de prendre en compte l'exemple de Kisshomaru Ueshiba Sensei, Doshu de l'Aïkido pendant trente ans.


Franck NOEL



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