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AVANT-PROPOS
Il est probable que, si cet ouvrage a quelques
lecteurs, ceux-ci sortiront principalement des
rangs des pratiquants d'Aïkido, actuels,
passés ou futurs, passionnés ou
dilettantes, réels ou fantasmatiques,
débutants ou chevronnés et que donc,
ils auront une référence, une toile
de fond sur laquelle appliquer ce discours
fragmenté en forme de puzzle que je leur
propose.
Pourtant, dans mon esprit, ce livre ne suppose pas
vraiment d'avoir pratiqué pour comprendre ce
dont il est question. Sans doute faut-il
néanmoins avoir vu un cours d'Aïkido et
avoir gardé une image de son
déroulement, mais pour le reste, le
glossaire et les quelques définitions des
concepts de base qu'il contient me semblent tout
à fait suffisants pour éclairer et
satisfaire l'intérêt d'un lecteur
curieux et avisé.
En revanche, il n'est sans doute pas superflu de
préciser certains partis pris de
rédaction et d'orienter quelque peu la
lecture afin qu'on ne se méprenne pas sur
l'intention. Et ceci au moins sur ce point: il doit
être clair qu'il ne s'agit pas ici de
l'élaboration d'une norme, de la
proclamation d'une vérité enfin
révélée, obligatoire et
définitive, en dehors de laquelle il n'y
aurait pas d'Aïkido. Le propos, bien au
contraire, est pour une bonne part, tout à
fait personnel, (même si le choix du style,
impersonnel et affirmatif, ne le laisse pas
forcément entrevoir). Issu de
l'expérience de l'auteur, de sa vision, de
son analyse et de sa sensibilité, il est, en
tant que tel, totalement authentique et
indiscutable, mais ne revendique ni
l'unicité ni l'absolu et ne s'offusque pas
d'avantage de quelques contradictions internes
qu'il faut tenir comme garantes d'une
réflexion en mouvement.
Mais ce livre est avant tout un objet, qui se
voudrait une sorte de morceau d'Aïkido en
lui-même et dont la fréquentation
serait déjà pratique. Ses mots comme
ses photos, se veulent représentatifs et
éclairants de cette discipline. En tant que
tel, il a l'ambition d'être à la fois
dense et plaisant et, invitant à des visites
répétées, il aspire à
devenir familier.
Mon souhait est donc que le lecteur s'amuse
à appliquer cette grille sur sa pratique
(réelle ou imaginaire), qu'il se regarde,
(pratiquant réel ou imaginaire), dans ce
miroir morcelé fait de textes et d'images,
qu'au gré d'une lecture récurrente et
vagabonde, faite d'allers-retours et de renvois, il
rassemble ou, au contraire, sélectionne ces
multiples facettes, et que cela, peut-être,
paradoxalement, contribue à donner
unité et sens à son personnage
d'aïkidoka ou, en tout cas, que cela l'aide
à s'approprier son expérience,
à affirmer sa responsabilité dans ce
qu'il fait et, ainsi, à éviter tant
les routines stériles que les dérives
cul-de-sac.
Les ouvrages techniques, historiques ou dogmatiques
sur le sujet ne manquent pas, certains sont fort
bons et il n'était pas nécessaire
d'en rajouter un autre. Celui-ci ne
révèlera donc nul secret technique et
ne reprendra que très partiellement les
habituels discours convenus sur l'Aïkido, non
qu'il les réfute ou les méprise, mais
parce qu'il m'a semblé que la
réalité de la pratique, jusque dans
ses travers et ses approximations, offrait un champ
d'expression et d'investigation jusqu'alors
négligé et pourtant tout aussi riche
et légitime que sa théorie
traditionnelle.
Ainsi donc ces fragments ne tentent-ils pas
d'établir ce qu'il faut penser de
l'Aïkido mais d'exposer ce que, par exemple,
on peut en penser et ce, en livrant, sous des
angles de vue variés, l'intérieur
d'une expérience de presque trente ans.
ELOQUENCE
Il faut rêver d'une pratique
éloquente.
Qui saurait tout à la fois convaincre,
éduquer et enthousiasmer, et ne laisserait,
par la vigueur de son rayonnement, nulle zone de
frustration, nul contentieux, nul malentendu.
Une éloquence qui saurait irradier toutes
les situations, les aborder avec calme et
méthode, mais aussi avec
spontanéité et conviction.
Elle ne s'imposerait pas comme une clarté
à l'intensité aveuglante, froide et
forte de ses certitudes, qui assènerait ses
techniques comme on lance des slogans, des
vérités à l'expression
pré-fabriquée, rigide, figée.
Au contraire, elle serait de celles qui pensent
tout haut, qui dévident le fil d'une
pensée en devenir, qui connaissent la valeur
du doute, son potentiel de rebond et sa puissance
dynamique.
Cette pratique éloquente ne récitera
pas ses gestes; elle les réinventera avec
chaque interlocuteur, avec la persuasion de celui
qui invite l'autre dans l'intimité de sa
quête, à l'écoute de ses
blocages et de ses hésitations, sachant
accélérer là où
l'espace est dégagé, et, au
contraire, ralentir et attendre dans les
tracés labyrinthiques, ne marchant pas du
même pas sur les sols fermes et parmi les
pièges bourbeux, prenant la peine de
soutenir le comparse pour qu'il s'extirpe de ses
ornières et reprenne sa liberté de
penser, ou de bouger.
Elle saura tant et si bien le guider dans les
méandres de sa pensée que, bien vite,
l'auditeur la fera sienne, en même temps
qu'il la découvrira, comme si depuis
toujours elle l'habitait.
Cette éloquence, qui ravit de l'impression
de s'entendre parler, qui transporte de faire
découvrir ce qu'on savait déjà
sans l'avoir vraiment démêlé,
et dont on oublie instantanément qu'elle est
le fait d'un autre, qui offre de voir
défiler sa propre pensée dans les
propos de l'autre, de se sentir subir son propre
mouvement dans les gestes de l'autre.
D'une technique éloquente, Uke, loin
d'être un faire-valoir ou un auditeur passif,
sortira transporté de l'échange et
ravi d'avoir été partie prenante dans
cette création fugace d'un morceau
d'Aïkido.
L' éloquence, qui donne à l'auditeur
et au locuteur de se mirer l'un dans l'autre comme
les deux créateurs d'un même discours,
autorise de même Uke et Tori à jouir
de la fusion qui les unit, sans que l'un ou l'autre
ne songe à revendiquer la paternité
de l'instant.
ASINUS
On remarque souvent, au sein des Dojos, cette
tendance qu'ont bon nombre d'aïkidokas
à privilégier certains partenaires au
détriment d'autres.
Une certaine complaisance à laisser les
affinités seules décider de
l'interlocuteur avec lequel on va échanger
des répliques et de ceux qui vont rester en
dehors de son cercle. Ces affinités sont, en
général, principalement
motivées par un niveau technique comparable
et un physique, gabarit, âge, sexe... assez
semblable. Il s'agit en fait de se trouver un
miroir idéal, dans lequel, avant même
que l'action ne s'engage, on puisse se mirer
quasiment identique à soi-même.
L'unification dans l'instant n'en sera que plus
aisée bien que, sur le long terme, il est
probable qu'une rivalité germera de cette
gémellité.
On va même parfois jusqu'à
institutionnaliser des cours par catégories
afin de faciliter encore cette identification
immédiate, en raccourcissant au maximum la
distance entre Uke et Tori, leur donnant ainsi le
maximum de chances d'ajuster avec netteté
sur l'image renvoyée. Et, en particulier,
les cours "de haut niveau" ou "intensifs" sont-ils
alors considérés comme la
finalité, le vrai, l'ultime, ce à
quoi tout le reste devait mener, rabaissant de ce
fait la pratique standard au rang de
parenthèse.
On comprend bien la logique de cette
démarche qui est issue du désir
légitime de perfectionnement et
d'exaltation: favoriser la réussite, la
gratification et le plaisir, plaisir de se
reconnaître et d'être reconnu; à
coup sûr sort-on de cette pratique avec une
impression positive qui, outre qu'elle vaut par
elle-même, est aussi source de bien des
progrès.
Mais soyons vigilants et sachons ne pas en abuser
car le culte de la satisfaction immédiate se
pose en trompe l'oeil et comporte bien des
pièges: il ne faudrait pas que le Dojo
laissât se développer en son sein la
cohabitation de différents ghettos
étanches les uns aux autres car il trahirait
alors sa mission qui est de fraternité,
d'unification et non de ségrégation.
Il ne faudrait pas que l'aïkidoka, dans une
espèce d'onanisme narcissique, ne sache que
s'obstiner à se conforter dans ce qu'il est
par la fréquentation exclusive de ses
doubles, car il est bien clair que le choix de
partenaires limité à ceux qui lui
ressemble ne le prépare guère
à la rencontre avec la véritable
altérité.
Il doit savoir que le miroir déformant,
renvoyant une caricature et non une image
idéale, est parfois bien plus
révélateur de sa nature profonde.
Et le Dojo a pour devoir, au contraire, de mettre
à profit la richesse et la diversité
de la matière humaine dont il dispose pour
la donner à brasser à chacun afin
que, de cette expérience, il pétrisse
et façonne son humanité à qui
seules la connaissance et l'intimité avec
l'étranger pourront donner une vraie
capacité d'accueil, de compréhension
et de persuasion.
Les anciens , déjà, savaient.
Un poète de l'antiquité nous dit: "en
tant qu'homme, je considère que rien de ce
qui est humain ne m'est étranger". De son
côté, le proverbe nous dit: "asinus
asinum fricat" c'est à dire "l'âne se
frotte à l'âne": notre "qui se
ressemble s'assemble"...
A chacun alors de choisir son modèle:
l'âne ou le poète?
TABLE
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Avant-propos
Propos
Inconnues
Ennemi
Unification
Kamiza
Enthousiasme
Funambule
Sourcier
Aïki/blues
Gentleman
Communion
Saisie
Chute
|
Entre
chien et loup
Attaques
Ma
Mourir guéri
Géométrie
Poids du corps
Sueur
Atemi
Visionnaire
Concert
Jeux de mains, jeux de mots
Magie
Gri-gri
En parler
|
Asinus
Vidéo
Jeu de miroirs (1)
Jeu de miroirs (2)
Jeu de miroirs (3)
Jeu de miroirs (4)
Jeu de miroirs (5)
Règlement
Triangle (Dojo)
Triangle (vaudeville)
Triangles semblables
(métonymie)
Respiration
Une perspective d'apaisement
Purification
|
Bulle
Répétition
Réalité
Spirituel
Antiquité et modernité
A l'image de la vie
La récrée
Eloquence
Pianissimo
Négociation
Laboureur
Arrêter
But
Glossaire
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